Reflet de leur histoire concrète, la langue est la véritable mémoire des hommes. Elle garde trace de leurs usages, de leurs traditions, et enregistre, sans qu’on s’en aperçoive toujours, l’évolution de leur rapport aux êtres et à la nature. A cet égard, l’inscription du vocabulaire de la chasse dans la langue française – et singulièrement celui de la chasse à courre – témoigne de la profondeur d’un tel phénomène. Pour le dire simplement, chacun d’entre nous parle chasse, tous les jours – ou presque !

Vous êtes sceptiques ? Voici trois expressions– histoire de vous mettre sur la voie (notez que cette dernière expression est déjà en soi… un exemple !) :

Volcelest

Eh non, ce mot très mystérieux aux yeux de ceux qui ne l’ont jamais entendu n’a rien de commun avec le vol ou quelque chose de ce genre !

D’abord, il convient de bien le prononcer ; on dit : « vô-celai » ou « vôcelet », et ce vocable est une contraction provoquée sans doute par l’usage de Vois-le et Ce l’est. Compliqué ? Pas vraiment lorsqu’on apprend que ce terme exclusivement utilisé en vénerie, c’est-à-dire à la chasse à courre, désigne l’empreinte du pied de l’animal sur le sol – en général celle du cerf, que l’on appelle elle-même avec plus de rigueur le « revoir ».

On parle aussi de volcelest pour signifier la sonnerie de trompe spécifique qui retentit, en action de chasse à courre, lorsque l’animal est vue en train de fuir. Joli mot, n’est-ce pas ?

 

Avoir, manquer d’entregent

Encore une expression dont la langue française a hérité de la chasse, et, plus précisément, de la fauconnerie !

Qu’est-ce à dire ? Le faucon étant naturellement un oiseau farouche, il fallait lors de son dressage – et c’est toujours vrai aujourd’hui ! – l’habituer à la présence de l’homme, des hommes, voire des chiens. Ainsi préconise-t-on dans certains anciens traités de cynégétique de confronter régulièrement l’animal à présence humaine, en le plaçant entre les gens, justement !

Par extension, on dit d’une personne qu’elle a de l’entregent lorsqu’elle maîtrise parfaitement les codes du savoir-vivre, et parfois l’on désigne ainsi celui ou celle qui a ses entrées dans certaines sociétés qualifiées d’importantes ou de mondaines (sinon d’utiles).

A contrario, manquer d’entregent ne signifie pas n’être pas capable de… voler en société – mais être peu au fait des règles de bienséance et, surtout, n’être pas habile dans l’art de nouer des relations utiles.

 

La voie ou le sentiment

En vénerie, depuis le XIIIe siècle, la voie est en quelque sorte ce qui trahit le passage de l’animal chassé. Il peut s’agir d’empreintes mais aussi – surtout, même – d’odeurs. Ces « traces olfactives » laissées par le gibier et suivies par les chiens s’appellent également sentiment.

Dans cette véritable science qu’est le courre, la notion de voie se décline de plusieurs façons : on parle de voie chaude, fumante ou, à l’inverse, froide ; de voie légère, lorsque les chiens peinent à la déceler ; de voie doublée, quand l’animal est revenu sur son propre passage, souvent pour tromper les chiens et les mettre en défaut ; de voies de relevé ou de bon temps, selon qu’elles sont anciennes ou, au contraire, récentes…

Bien entendu, ce terme issu de la chasse se retrouve dans la langue courante, au sein d’expressions comme mettre sur la voie, suivre la voie, retomber sur la voie (qui a donné : « remettre quelqu’un sur la bonne voie, dans le droit chemin »), ou encore être à bout de voie (lorsque les chiens ont perdu le sentiment de l’animal chassé), qui est à l’origine d’« à bout de souffle, de force, de patience »…

 

Retrouvez d’autres expressions issues du monde de la chasse dans nos deux précédents articles :
Quelques expressions provenant du monde de la chasse
Quelques expressions de chasseurs bien de chez nous…