Vivre avec un chasseur, lorsqu’on ne l’est pas soi-même, requiert une forte dose de patience et, face à la passion de sa moitié, une faculté de compréhension bien supérieure à la moyenne.
Vous pourriez naïvement supposer que, ce « loisir » étant saisonnier (calé sur les dates d’ouverture et de fermeture), il laisserait à l’entourage quelques moments de répit ? Que nenni ! Le chasseur pense, mange, travaille, dort « chasse » tout au long de l’année…

Exemple

Vous vous promenez tranquillement sur un chemin de campagne, vous respirez la douceur de l’air, cueillez des fleurs et vous ravissez du retour du printemps… Que fait, quant à lui, votre compagnon-chasseur ? Il s’attarde volontiers sur chacune des coulées visibles dans les buissons, il observe méticuleusement la moindre empreinte laissée sur le sol par le gibier, il commente à haute voix le potentiel cynégétique de chaque territoire traversé, et va même, curieusement, jusqu’à vous associer à cette espèce de tournée d’inspection perpétuelle à laquelle vous n’accordez, en votre for intérieur, qu’un faible intérêt…

En voiture ou train, été comme hiver, même topo : la simple vue d’un vol de canards à l’horizon ou d’une bande de pigeons picorant dans un champ peut le mettre instantanément en état de transe… Alors, avec une régularité sans faille, ce sont des oh ! et des ah ! d’exclamation qu’il pousse, cherchant toujours à faire partager à son entourage le bonheur qu’il éprouve à apercevoir, même de très loin, telle bestiole à plume ou à poil.

« Elle exige beaucoup de hautes qualités humaines. »

Et pourtant…

Cette entrée en matière pourrait laisser penser au lecteur que je nourris un « léger » ressentiment quant à la chasse et au temps que lui consacre mon homme. Eh bien, ce serait une conclusion hâtive – erronée, même !
Le monde de la chasse, il est vrai, m’était d’abord inconnu – et je dois dire, pour être parfaitement honnête, que j’étais assez réservée, sinon réticente à son égard… Puis j’ai compris, avec le temps (et même s’il m’arrive encore d’en plaisanter!), que la chasse est en réalité une passion noble, qu’elle est tout autre chose qu’un simple « loisir » et qu’elle exige beaucoup de hautes qualités humaines :

  • patience,
  • endurance,
  • humilité,
  • capacité d’émerveillement,
  • amour profond de la nature,
  • et connaissance intime des cycles qui la définissent…

…Loin de l’image qu’on en donne trop souvent.

Non, être femme de chasseur n’est pas toujours une sinécure ! Néanmoins, avec un regard un peu bienveillant et un conjoint attentif à ne pas se laisser déborder par les sollicitations, un équilibre de vie – je peux en témoigner – est tout à fait possible !

Catherine Delaunay