Comme l’approche, l’affût du grand gibier requiert patience, sens de l’observation et silence absolu. Originaire d’Allemagne, cette pratique s’inspire – à l’instar de la majorité des modes de chasse, ne l’oublions pas ! – des ruses déployées par certains animaux de proie dans leur milieu naturel pour se nourrir (de l’ours polaire au brochet, en passant par certains fauves ou serpents…).

Au-delà du plaisir qu’elle procure au nemrod, elle présente en outre le double avantage de permettre un tir sélectif – beaucoup plus difficile à assurer en battue, par exemple – et d’obtenir un état des lieux des populations propice à une gestion responsable de celles-ci.

Sous nos latitudes, les principales espèces chassées à l’affût sont le renard, le chevreuil, le sanglier et le cerf ; précisons que, pour l’heure, nous mettons de côté le cas du petit gibier – puisqu’aussi bien la hutte, pour n’évoquer qu’elle, est assurément proche parente de ce mode de chasse où la discrétion règne en maître…

Prendre de la hauteur…

Par définition, l’affût s’effectue à partir d’un poste fixe. Le plus souvent, il s’agit d’un mirador ou d’une installation analogue placée en hauteur. Cette situation spécifique est adoptée principalement pour deux raisons : d’une part, elle évite au maximum au chasseur d’être vu, entendu et surtout éventé par des animaux qui disposent, dans ce contexte, de toutes leurs facultés sensorielles ; d’autre part, elle autorise la plupart du temps un tir fichant, c’est-à-dire plus sécurisé – ce qui n’exclut nullement, bien sûr, de conserver toute sa vigilance au moment de presser la détente…

Par ailleurs, étant donné la fixité de ce type de poste – présent à l’année – un phénomène d’accoutumance se met en place dans l’« esprit » de la faune locale : sans être jamais totalement évacuée, la méfiance des animaux s’en trouve ainsi affaiblie, ce qui est, là encore, un avantage non négligeable.

Concernant l’emplacement choisi, il va de soi qu’une connaissance précise du territoire est nécessaire : l’orée d’une forêt, la proximité d’un point d’eau ou celle d’un champ au sein duquel les cervidés (par exemple) ont coutume de viander, un layon, une large haie… Le lieu est fonction de la fréquentation et du passage.

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… et se fondre dans le décor

Naturellement, l’installation doit recevoir un camouflage approprié – filets, végétations, etc. – afin de donner à l’ensemble l’impression de se fondre littéralement dans le décor. Le chasseur lui-même doit bien prendre garde, du point de vue vestimentaire, à mettre toutes les chances de son côté ; l’environnement et la luminosité doivent guider son choix en la matière.

Au demeurant, il existe aujourd’hui une multitude de vêtements spécifiquement conçus pour l’affût, confortables et silencieux. Le visage et les mains (surtout au moment du tir) peuvent donner l’alerte : couvre-chef, cagoule et gants font donc partie de l’équipement indispensable – au même titre que l’appeau (pour le renard et le chevreuil en particulier) ou les jumelles.

Elément important : seules les carabines, c’est-à-dire les armes à canons rayés, sont autorisées à la chasse à l’affût. Utiliser un fusil n’est pas seulement une ineptie, c’est aussi illégal, et cela se comprend…

Nanti d’un calibre adapté selon le gibier qu’il s’attend à tirer, ainsi que d’une lunette à l’avenant bien réglée, le cynégète peut s’installer en son mirador (seul, et sans chien de rabat !) toute la journée s’il le souhaite (l’affût se pratique de jour) – mais chacun sait que l’instant propice se situe plutôt le soir et le matin (en France, on peut chasser à l’affût une heure avant le lever du soleil et une heure après).

Enfin, ce mode de chasse ne nécessitant pas de déplacement, il est conseillé de choisir une arme lourde et relativement puissante, pour éviter l’effet de recul – rarement agréable ! – mais surtout pour optimiser au maximum la probabilité d’une balle nette, foudroyante, c’est-à-dire propre.

Un tir mûrement réfléchi

L’affût, à l’instar de l’approche, suppose de tirer sur un animal immobile et convenablement placé (en plein travers de préférence). L’absence de mouvement permet une identification plus précise (que le tir soit sanitaire ou que l’on envisage un trophée de qualité), mais elle réduit aussi la possibilité de blesser.

Le chasseur ne pressera la détente que dans la mesure où, disposant d’un appui suffisant, il aura acquis la quasi-certitude qu’aucun obstacle ne se sera dressé entre sa cible et lui, que la distance est raisonnable (ce qui dépend beaucoup du calibre utilisé et de la nature du gibier ; une centaine de mètres en moyenne) et qu’a priori la balle devrait finir sa course dans l’une ou l’autre zone du corps de l’animal réputée mortelle (cou, défaut de l’épaule…).

Pas simple, certes, mais cela fait partie de l’éthique du chasseur à l’affût ! Car on ne le répétera jamais assez : être capable de ne pas tirer grandit parfois le porteur de la carabine…